Madame Butterfly






En fin d'année, Benjamin Lacombe a désormais pris l'habitude de nous offrir quelques petites merveilles à poser au pied du sapin (ou à s'offrir avant l'heure pour les plus impatients!). Pour conclure l'année 2013, Benjamin nous propose un livre-objet. On ne comprend pas tout à fait le sens de ce terme avant de l'avoir finalement en main. Madame Butterfly est en effet un livre "grand format" dont les pages se déplient pour former une frise d'une dizaine de mètres. J'ai toujours été fascinée par la métamorphose d'un papillon (même après une licence en biologie!). C'est incroyable la façon dont une chenille déploie un jour ses ailes de papillons. Deux petits insectes si beaux, et si différents, qui forment en réalité une seule et même entité.  C'est un peu la même métamorphose qui survient lorsque le livre que l'on a entre les mains devient une frise l'instant d'après en déployant littéralement ses pages. Une frise que j'ai d'ailleurs eu du mal à déplier dans son intégralité faute de pièce assez longue! Et si vous doutez de la beauté d'une chenille, ma conscience de biologiste ne voulant pas vous laisser dans le doute, je vous joins une petite photo qui j'espère saura vous convaincre.

 Chenille Orgyie Pudibonde

En somme, notre chenille et notre papillon, c'est un peu le livre et la frise de Benjamin. Les deux nous relatent une même histoire, celle de "Madame Butterfly". Si cette histoire a déjà racontée par l'opéra de Giacomo Puccini ou par Pierre Loti, Benjamin apporte sa propre interprétation. Ce récit, c'est celui du lieutenant de Marine Pinkerton qui lors d'un voyage à Nagasaki, décide d'épouser une geisha, Mme Butterfly. Cette union, perçue comme un simple divertissement exotique par le lieutenant, est au contraire très importante aux yeux de la jeune femme. Elle renoncera par exemple à sa religion pour lui. Mais Pinkerton repart pour les Etats-Unis, et ne reviendra que trois ans plus tard…



Ici, c'est Benjamin qui a écrit le texte, en travaillant sur les premières interprétations de cette histoire. Il a fait un choix assez surprenant: relater les évènements du point de vue de Pinkerton, en soulignant ses regrets et remords. Ce choix de narration rend la fin de l'histoire d'autant plus amère: et si le récit de Pinkerton n'était qu'un exutoire lui permettant de soulager ses pensées?


Mme Butterfly est une histoire qui semble centrale dans l'oeuvre de Benjamin. Il lui avait déjà consacré une place dans le pop-up "Il était une fois", et "Les amants papillons" évoquait un univers similaire. Ce qui m'a le plus marqué après la première lecture, c'est ce contraste que Benjamin a su instaurer entre le début et la fin de l'histoire. Les premières illustrations sont très lumineuses, aux couleurs chaudes et chaleureuses. Moi qui ne connaissais pas l'histoire, je devinais une belle histoire d'amour. Je trouve notamment magnifique l'image où l'on découvre pour la première fois Madame Butterfly, au milieu d'un jardin japonais fleuri et apaisant. 


Puis, au fil des pages, les images s'assombrissent. Selon moi, Benjamin nous livre ici parmi les plus sombres illustrations qu'il n'ait jamais faites. L'image de Mme Butterfly et de son enfant prisonniers de la forêt a beaucoup d'impact. Si l'histoire est relatée du point de vue de Pinkerton, les images elles racontent la même histoire du point de vue de la jeune femme. Une dichotomie entre deux mondes qui est d'ailleurs symbolisée par le fait que le texte et les illustrations ne se mélangent jamais...


Ces images, c'est ce qui fait que j'admire autant le travail de Benjamin. Il sait provoquer ce petit quelque chose au coeur (les papillons dans le ventre!) que l'on ressent lorsque l'on écoute certaines chansons, que l'on lit certaines histoires, que l'on voit certains films. Sauf qu'il le fait en "quelques" coups de crayon.


Vous l'aurez compris, les papillons sont centraux dans cette histoire tragique. Ils se cachent dans chaque dessin, parcourent la frise sur ses 10 mètres. Vous vous rappelez? Quand enfant on nous avertissait de ne pas toucher à leurs ailes pour ne pas les faire mourir. Plus loin de chez nous, au Japon, il est l'emblème de la beauté, de la légèreté de la femme et ils symbolisent la fidélité conjugale. Tous ces symboles prennent sens à la lecture du livre.




Les informations sur le livre


Mme Butterfly
Albin Michel
Format 275 x 387 mm
Parution 13 novembre 2013
Prix 29,90 euros

A consommer sans modération

Sur le blog de Benjamin

La presse (extraits)




Les histoires sans fin-interview vidéo 
Interview Madame Butterfly- Librairie Mollat


Mme Butterfly- Exposition "Ephémère" Galerie Daniel Maghen 14/12/13 au 25/01/14

La conception de la couverture

Créations pour Ecole Française Acheter

Agenda et carnet Mme Butterfly (photo de Benjamin)

Kakemono Mme Butterfly

Deux planches originales parmi celles vendues à la Galerie Daniel Maghen

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